Dernière question au gouvernement avant la fin de la session : quel bilan de la politique agricole depuis 5 ans ?

Mercredi 23 février avait lieu la dernière séance des questions d’actualité au gouvernement de la session parlementaire. Nos missions de vote de la loi et de contrôle du gouvernement sont en effet suspendues à partir de la semaine prochaine, durant la campagne présidentielle et jusqu’aux lendemains des élections législatives.

Alors que s’ouvre ce week-end le traditionnel salon international de l’agriculture à Paris, il m’a semblé important de faire le point sur la politique menée durant ce quinquennat en matière agricole.

Le sujet étant bien trop large pour les 2 minutes qui nous sont imparties pour poser nos questions au gouvernement, j’ai ciblé mon propos sur les deux grandes priorités fixées par le Président de la République lui-même en 2017 : la revalorisation du prix d’achat aux producteurs et la lutte contre les pesticides.

Alors que les engagements pris sur ces deux sujets étaient clairs et fermes, les résultats sont plus que décevants : les agriculteurs ne vivent pas mieux aujourd’hui du « juste prix de leur travail », et l’utilisation des pesticides a très peu reculé…

C’est le résultat de choix qui ont systématiquement privilégié le modèle agro-industriel hérité d’après-guerre, sans jamais remettre en cause ses principaux travers (destructeur d’emploi, facteur de concentration et d’agrandissement des exploitations, consommateur de substances nocives pour la santé et la planète…), en tournant le dos aux engagements de 2017.

De même, j’aurais pu évoquer l’absence de réponses d’ampleur aux grands enjeux de la période, qui risquent pourtant d’impacter la pérennité même de l’activité agricole dans notre pays : accélération du réchauffement climatique, érosion de la biodiversité, nécessité de reconquérir de l’autonomie alimentaire…

Retrouvez ci-dessous l’intégralité de ma question :

En matière agricole, le programme d’Emmanuel Macron en 2017 mettait en avant deux grandes priorités : le rééquilibrage de la valeur au sein des filières et les pesticides.

Au début du quinquennat, le discours de Rungis et les États généraux de l’alimentation ont pu faire croire à une réelle volonté de changer la donne.

Le Président de la République promettait ainsi une loi pour « permettre aux agriculteurs de vivre du juste prix payé ». La loi EGALIM, très modestement corrigée par la loi EGALIM 2, a rapidement montré toutes les limites de la théorie du ruissellement appliquée à l’agro-alimentaire, avec une baisse du prix d’achat aux producteurs en 2019.

Le bilan : un constat d’échec unanimement partagé, sauf bien sûr au sein de la grande distribution…

Le candidat Emmanuel Macron avait promis un « calendrier prévoyant l’élimination progressive des pesticides… et le développement d’alternatives ».

Cinq ans plus tard, toujours pas de calendrier et presque toujours autant de pesticides. On constate en outre un manque de transparence puisque le NODU, indicateur de référence du plan Ecophyto, n’a toujours pas été publié pour 2020.

Pouvez-vous nous le donner aujourd’hui, Monsieur le Ministre ?Quant aux alternatives, une première brèche a été ouverte avec la réautorisation des néonicotinoïdes pour la filière betteraves. A quoi bon rechercher des alternatives si le gouvernement accepte de détricoter la loi à la demande ?

Le bilan : un échec, de l’aveu même du Président de la République sur le glyphosate, qui devait être interdit sous 3 ans et dont les ventes ont à peine baissé de 2%.

La déclinaison que vous allez faire de la PAC avec le PSN confirme encore le choix d’une orientation qui se traduit par la chute du nombre d’exploitations et d’emplois, l’insuffisance des revenus des agriculteurs et une dépendance à des substances nocives pour la santé et l’environnement.

Ainsi, l’augmentation du seuil d’accès à l’ICHN, va encore entraîner la disparition de petites fermes. Dans mon département de la Loire, cela concerne 69 exploitations.

Au final, vous avez tourné le dos à vos objectifs initiaux, pour conforter un modèle agro-industriel qui se noie dans ses propres dérives.

Monsieur le Ministre, ne pensez-vous pas qu’il est temps de changer de direction ?

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