Commémoration de la réhabilitation des martyrs de Vingré à Ambierle

A l’occasion du centenaire de la réhabilitation des six fusillés pour l’exemple de Vingré, je me suis rendu au Rassemblement d’Ambierle ce samedi 27 février. Environ 120 personnes étaient réunies devant la stèle en hommage à Jean Blanchard et Francisque Durantet, deux des soldats fusillés à Vingré en 1914, originaires d’Ambierle.

La municipalité d’Ambierle s’est montrée particulièrement mobilisée pour faire de cette commémoration une réussite, s’inscrivant ainsi dans la droite ligne de ses lointains prédécesseurs d’après-guerre. Le maire, Pascal Muzart, a ainsi rappelé l’historique de la mobilisation de la commune pour la réhabilitation de ses enfants, injustement condamnés.

Devant les associations organisatrices de ce rassemblement (Libre pensée, Mouvement de la Paix, ALAMPSME-DL, Fédération nationale laïque des monuments pacifistes) et les élu.e.s présent.e.s (dont les maires ou adjoints de Saint-Martin-d’Estreaux, Renaison, Mably… et le conseiller départemental du canton), je me suis engagé solennellement à me mobiliser au Sénat pour que soit adoptée la proposition de loi qui permettra de réhabiliter la mémoire des 639 fusillés pour l’exemple de la Première Guerre Mondiale.

Retrouvez ci-dessous l’intégralité de mon discours :

Monsieur le Maire,

Mesdames et Messieurs les élus,

Chers amis, chers camarades,

Nous commémorons aujourd’hui le centenaire de la réhabilitation des 6 martyrs de Vingré, dont les deux Ligériens Blanchard et Durantet.

En cent ans, l’impérialisme et sa soif de conquête, assouvie au mépris de la vie humaine, ont pris bien des visages. En cent ans, notre pays a connu bien des guerres, qu’il les ait subies ou déclenchées.

Comme le disait Jean Jaurès, premier martyr de la cause pacifiste à la veille de la si mal nommée « Der des der » : « On ne fait pas la guerre pour se débarrasser de la guerre ! ». L’Histoire de ces cent dernières années lui a malheureusement trop donné raison…

Toutes ces guerres n’ont jamais eu pour but l’amélioration du sort du genre humain. Elles n’ont même jamais réservé meilleur sort à la personne humaine qu’aux bêtes et aux machines dont elles usent pour se perpétrer.

Pour les Martyrs de Vingré, et tous les fusillés pour l’exemple, ce sort fut même encore plus absurde et révoltant. Car on n’abat pas un cheval, on ne détruit pas un char, « pour l’exemple ».

« Pour l’exemple », cela signifie que la vie de ces hommes a été anéantie dans un seul objectif : horrifier et terroriser encore davantage leurs camarades, pour que ceux-ci ne défaillissent pas face à l’horreur et à la terreur dont était faite chaque minute de leur quotidien au front.

La barbarie d’un tel procédé souille encore aujourd’hui, non pas les bourreaux, mais les victimes elles-mêmes ! Car c’est leur mémoire qui reste entachée, pas celle des officiers qui ont pu impunément prendre la vie d’un homme parce qu’il s’était endormi à son poste ou qu’il avait répondu un peu vertement. 

Ceux de Vingré ont été réhabilités. Leur vie ne leur pas été rendue, cela ne se peut jamais. Mais plus aucun soupçon de lâcheté ou de traîtrise ne ternit leur souvenir ou ne pèse sur leurs descendants.

Pour restaurer la mémoire des plus de 600 fusillés « pour l’exemple » qui n’ont toujours pas été réhabilités, une proposition de loi a été déposée à l’Assemblée nationale. Lorsqu’elle sera examinée au Sénat, je m’engage devant vous toutes et tous, à lui apporter mon soutien sans faille.

En 2014, une telle proposition de loi avait été rejetée par la majorité sénatoriale. Cette fois-ci encore, je sais que nous pourrons compter sur votre mobilisation citoyenne pour aller convaincre les sénateurs qui voudraient s’y opposer. Je m’y emploierai pleinement, pour ma part, au sein de l’hémicycle.

Les militaires font grand cas des leurs « tombés au champ d’honneur ». Nous n’oublions pas les 600 fusillés pour l’exemple et nous honorons aujourd’hui leur mémoire. Qu’ils soient réhabilités ou pas, ils appartiennent déjà pour nous au « champ d’honneur », le seul qui devrait compter, celui de l’Humanité.

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