Vers une alimentation durable

Ce mardi 30 juin 2020, dans le cadre du débat « Vers une alimentation durable », j’ai interpellé le ministre de l’Agriculture, Didier Guillaume, au sujet de la relocalisation de notre production agricole.

Depuis des décennies, nous nous sommes éloignés du fil directeur, pourtant essentiel, de l’autonomie alimentaire. Par conséquent, notre système alimentaire est devenu insoutenable, que ce soit en termes d’impact sur la santé, de consommation de ressources naturelles ou d’implication dans le réchauffement climatique et dans le déclin de la biodiversité.

Cette indépendance est pourtant vitale, non seulement pour l’humanité mais aussi pour notre planète. Elle doit être un objectif de court terme pour préparer dès aujourd’hui les grands défis qui s’imposent à nous à l’horizon 2050 : atteindre la neutralité carbone et nourrir une population de 10 milliards d’êtres humains, en quantité et en qualité suffisantes.

Lors de ma réplique, j’ai tenu à attirer l’attention du ministre sur la variété des modèles et des systèmes agricoles existants, et sur la nécessité de ne pas se réfugier derrière une pensée unique. Ils existent des exploitations agricoles qui fonctionnent et qui ne sont pas victimes de l’agribashing.

Il ne manque aujourd’hui que la volonté politique pour organiser la reconnexion entre production et consommation de produits agricoles.

L’intégralité de mon intervention :

Notre système alimentaire n’est pas soutenable, que ce soit en termes d’impact sur la santé, de consommation de ressources naturelles ou d’implication dans le réchauffement climatique et dans le déclin de la biodiversité.

Pour aller vers une « alimentation durable », ce rapport nous invite en premier lieu à répondre à l’enjeu de l’autonomie alimentaire, que notre pays a perdue au fil des dernières décennies.

La crise due au Covid-19 a permis de mesurer notre état de dépendance à l’égard d’acteurs lointains, dans de nombreux secteurs stratégiques, et particulièrement en matière d’alimentation.

Cette indépendance est une question vitale, non seulement pour l’humanité mais aussi pour notre planète. Elle doit être un objectif de court terme pour préparer dès aujourd’hui les grands défis qui s’imposent à nous à l’horizon 2050 : atteindre la neutralité carbone et nourrir une population de 10 milliards d’êtres humains, en quantité et en qualité suffisantes.

Cet objectif de souveraineté alimentaire est bien entendu incompatible avec les traités commerciaux tels le TAFTA ou le CETA, qui s’emploient à faire tomber nos normes protectrices de l’environnement et de la santé humaine.

Cette relocalisation de l’agriculture doit aussi se faire dans sa dimension infranationale.

En décembre dernier, notre collègue Françoise Laborde avait soutenu une proposition de résolution sur la résilience alimentaire de nos territoires, soulevant la question de l’autonomie alimentaire.

Elle pointait ainsi la grande dépendance de nos territoires qui ne maîtrisent qu’une partie infime des ressources agricoles consommées directement par leurs populations : 2% en moyenne dans les 100 premières aires urbaines.

Celles-ci disposent pourtant localement des moyens pour couvrir plus de 54% des besoins de la consommation alimentaire de leurs habitants.

Si l’autarcie alimentaire complète des territoires n’est pas réalisable, ni même souhaitable, l’objectif d’un degré d’autonomie de 50% est donc tout à fait atteignable.

Il ne manque aujourd’hui que la volonté politique pour organiser la reconnexion entre production et consommation de produits agricoles.

Le rapport préconise ainsi de « soutenir et encourager les projets alimentaires et agricoles de territoire afin d’accroître la part des approvisionnements locaux dans la consommation régulière ».

Quelles sont les réponses que vous entendez apporter, Monsieur le Ministre, à cette question de la nécessaire relocalisation de notre production agricole ?

Réplique :

Tout à l’heure, vous avez dit être satisfait du budget de la PAC. Vous avez raison, il a été sanctuarisé pour ces prochaines années, mais vous avez aussi dit maintenant il faut qu’on partage au niveau national et je vais me tourner vers la profession.

Permettez-moi d’insister pour vous dire que la profession possède un large éventail, et il y a différents modèles. Bien sûr, il ne faut pas opposer les modèles agricoles mais, malgré tout, il y a des visions différentes. Sur ces bancs, nous ne défendons pas le même modèle agricole.

Il faut vraiment écouter tout le monde, et c’est vous qui allez faire l’arbitre.

J’attire votre attention sur un point. C’est vrai que je suis souvent en opposition avec Laurent Duplomb, pourtant nous sommes voisins géographiquement parlant.

Prenez le temps, Monsieur le Ministre, de montrer les exploitations qui ne sont pas montrés du doigt, prenez le temps de regarder les exploitations qui gagnent de l’argent parce qu’il y en a. Toutes les exploitations ne sont pas moribondes, tous les agriculteurs n’ont pas envie de se suicider et tous les agriculteurs ne sont pas victimes de l’agri-bashing. Donc regardez les systèmes qui marchent et encourager les autres à aller vers ce système-là.

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