Soutenons nos agriculteurs engagés pour l’environnement

Ce mercredi 12 décembre, j’ai présenté au Sénat, avec mes collègues Franck Montaugé et Henri Cabanel, une proposition de résolution en faveur de la création de paiements pour services environnementaux (PSE) rendus par les agriculteurs.

Il m’apparaît en effet essentiel de soutenir les actions positives des agriculteurs en faveur de la santé, de l’environnement et de l’aménagement du territoire.

L’objectif de cette proposition est de répondre à une triple attente :

  • économique : en valorisant les services rendus par nos agriculteurs, tout en leur apportant un revenu complémentaire ;
  • sociétale : en répondant aux attentes de nos concitoyens en termes sanitaire et de qualité de l’alimentation ;
  • environnementale : pour faire face aux défis climatiques.

Je regrette que les sénateurs des groupes Union Centriste et Les Républicains aient voté contre cette proposition de résolution, percevant les PSE comme une contrainte alors qu’ils auraient au contraire permis de rémunérer les actions déjà entreprises et auraient en outre une vertu incitative. La majorité du groupe communiste s’est abstenu.

Via le lien suivant, vous accéderez au détail du scrutin : http://www.senat.fr/scrutin-public/2018/scr2018-40.html

Vous trouverez ci-dessous l’intégralité de mon intervention :

« Mme la Présidente, Chers collègues,

Pour être rentable, une exploitation agricole doit-elle nécessairement avoir un impact négatif sur l’environnement, sur la qualité nutritionnelle des produits et sur la santé de celles et ceux qui y travaillent ?

La réponse est évidemment : NON !

Avec cette proposition de résolution, nous souhaitons faire reconnaître l’action positive que cherchent à mener de nombreux agriculteurs que ce soit pour la santé, pour l’environnement, pour l’aménagement du territoire.

Cette reconnaissance doit être double à nos yeux : morale et économique.

On n’a jamais tant parlé de l’agriculture, mais on n’en a jamais aussi mal parlé. Les images qui y sont associées dans les médias ces dernières années ont très souvent une dimension négative : maltraitance animale, pesticides, scandales alimentaires…

Le fossé semble se creuser toujours plus entre la population et ceux qui la nourrissent.

Les attentes grandissantes de nos concitoyens en matière de préservation de l’environnement et de sécurité alimentaire sont légitimes. Elles sont même essentielles, car c’est cette opinion publique qui nous pousse à transformer en profondeur notre modèle agricole.

Ce modèle, hérité de l’après-guerre, a été construit pour répondre à une préoccupation unique : comment produire suffisamment pour nourrir la génération du Baby boom.

Le modèle vers lequel nous devons aller désormais doit répondre à une exigence qualitative et plus seulement quantitative.

En effet, qui peut se satisfaire de cette pente qui nous mène toujours plus vers une alimentation à deux vitesses : saine pour les plus fortunés, mortifère pour les plus pauvres ? Personne !

De nombreux agriculteurs n’ont pas attendu le législateur pour améliorer l’efficacité agronomique et environnementale de leurs pratiques. Mais ces actions positives restent trop méconnues, j’allais dire : invisibles.

Par la création de ces paiements pour services environnementaux, nous pouvons redonner de la visibilité à ce qui existe déjà.

Mais, au-delà de cette juste reconnaissance symbolique, il y a une dimension beaucoup plus « terre à terre » : améliorer la rémunération des agriculteurs qui font des efforts, parfois des sacrifices, au service de l’intérêt général, et ainsi en inciter d’autres à les rejoindre.

Nous ne pouvons plus laisser seuls nos agriculteurs face à ce dilemme permanent : utiliser des intrants dangereux et polluants – dont ils sont les premières victimes – ou tirer le diable par la queue, mois après mois. D’autant plus que, nous le savons tous, l’un n’empêche pas l’autre…

Mais, trop souvent, des agriculteurs qui souhaiteraient sincèrement aller vers des modes de production plus sains, en sont dissuadés par les coûts engendrés par une telle conversion.

Il existe bien sûr quelques outils pour les accompagner. Je pense aux mesures agro-environnementales et climatiques ou MAEC. Elles vont dans le bon sens, mais restent insuffisantes.

Pour inciter durablement à une modification en profondeur des pratiques, nous devons valoriser de manière permanente les effets positifs de l’agriculture sur l’environnement.

Nous savons que la politique agricole commune est à un tournant. Elle sera nécessairement impactée par les conséquences d’un Brexit qui n’en finit pas de se conclure.

En tant que grande puissance agricole au sein de l’espace européen, la France à une responsabilité particulière pour orienter la prochaine PAC vers un soutien plus affirmé aux bonnes pratiques.

Nous souhaitons que notre pays aille à la table des négociations avec, dans sa besace, des propositions concrètes pour aider mieux, si ce n’est plus, le monde agricole.

Ainsi, les PSE représentent plus que jamais une opportunité de concilier différents impératifs.

Les agronomes ont d’ores et déjà construit le logiciel du modèle agricole vers lequel nous devons aller. La rotation des cultures, le travail du sol, les herbicides naturels… sont autant d’alternatives aux produits chimiques qui abîment la terre et les hommes.

Ils nous proposent un modèle non seulement plus respectueux de notre planète, mais aussi qui créera plus d’emplois, avec de meilleures conditions de travail pour nos agriculteurs.

Aussi, nous n’avons même pas besoin, en tant que législateurs, d’inventer le modèle agricole de demain. En revanche, il est de notre devoir de tout faire pour le rendre possible.

La création de paiements pour services environnementaux rendus par les agriculteurs serait un premier pas sur cette voie.

Un tel sujet mérite de dépasser la couverture qui porte le nom des auteurs et du groupe signataire, et de se prononcer sur le contenu de ce livret, sans sectarisme et sans préjugés.

C’est pourquoi je vous invite, chers collègues, à voter en faveur de cette proposition de résolution. »

 

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