Remise de la médaille « Justes parmi les Nations » à Belleroche

Jeudi 2 septembre avait lieu à Belleroche une cérémonie émouvante et rare : la remise de médaille de « Justes parmi les Nations » à Mme Mireille Provvedi, pour ses parents Jeanne et Jean Veaux, un couple de Bellerochons aujourd’hui décédés, qui ont caché, au péril de leur vie, une femme juive Chana Rubinovitch pendant la Seconde Guerre mondiale.


Autour du maire, Bernard Chignier et de son équipe municipale, étaient présents le président de la communauté de communes René Vallorge, ma collègue sénatrice Cécile Cukierman, la sous-préfète de Roanne Sylvaine Astic, ainsi que Mme Arielle Krief pour le Comité français pour Yad Vashem et M. Daniel-Halevy Goetschel, ministre-conseiller d’Israël.


Cette après-midi chargée d’émotions restera pour moi un moment particulier. Voici les mots que j’ai prononcés à cette occasion :


Je tenais tout d’abord à vous remercier Monsieur le Maire pour l’organisation de cette cérémonie et pour m’y avoir associé.


C’est un grand honneur de pouvoir participer à cette remise de médaille qui distingue celles et ceux qui ont mis en danger leur vie pour sauver des Juifs.


Dans notre pays, seulement 4 150 personnes ont été reconnues comme « Justes parmi les nations » par le comité de Yad Vashem. C’est la deuxième fois, ici à Belleroche, et ce n’est pas rien, que des Justes sont reconnus, après les Desbat en 1994.

Alors que nous vivons une période difficile, que les divisions sont fortes au sein de notre communauté nationale et que le rejet de l’Autre est une tentation grandissante, il est bon de se remémorer que l’Humain est aussi capable de gestes de dévouement et d’abnégation, même quand il a tout à y perdre.

A cet égard, je tenais à saluer, à travers vous, Madame Krief, le travail du Comité français de Yad Vashem et plus largement de l’Institut international pour la mémoire de la Shoah, pour faire vivre la mémoire de celles et ceux qui l’ont vécue.

C’est un travail plus que jamais indispensable pour les générations à venir qui ne connaîtront pas les témoins directs de cette terrible page de l’Histoire. C’est indispensable pour faire vivre la mémoire des victimes, leur redonner une identité et une existence, qu’ont voulu effacer leurs bourreaux. C’est indispensable enfin pour que nous n’oublions jamais que, même au plus noir des moments, il peut toujours subsister une étincelle d’humanité et qu’il appartient à chacun de nous de la faire vivre.

De par le courage exceptionnel et le sens moral sans faille dont ils ont fait preuve, les Justes ont permis de sauver des vies. Ils ont aussi fait vivre les valeurs fondamentales de la communauté humaine, même là où celles-ci semblaient avoir été totalement éradiquées.

Je pense avec beaucoup d’émotions aux mots de Primo Levi qui, dans « Si c’est un Homme », nous parle de Lorenzo Perrone, un travailleur civil italien qui, à Auschwitz, lui a apporté pendant 6 mois un supplément de nourriture :
« Je crois que c’est vraiment à Lorenzo que je dois d’être encore en vie aujourd’hui ; non pas tant à cause de son aide matérielle que pour m’avoir constamment rappelé par sa présence, par sa façon si simple et naturelle d’être bon, qu’il existait encore, en dehors du nôtre, un monde juste, des choses et des êtres restés purs et intègres que ni la corruption ni la barbarie n’avaient contaminés, qui étaient demeurés étrangers à la haine et à la peur ; quelque chose d’indéfinissable, comme une lointaine possibilité de bonté, pour lesquels il valait la peine de survivre. »


Des Justes ont été reconnus dans plus d’une cinquantaine de nations. A première vue, ces hommes et ces femmes n’ont pas forcément grand-chose en commun : certains ont agi dans le prolongement d’un engagement politique ou idéologique, d’autres se sont conformés aux valeurs de leurs religions, d’autres encore n’ont eu que leur conscience d’être humain pour les guider. Parmi les Justes, il y avait aussi bien des personnalités connues que des gens « ordinaires », des diplomates, des médecins, des enseignants, des paysans, des ouvriers, des fonctionnaires, des commerçants… Des personnes aisées comme des familles aux très faibles ressources.


Les recherches qui ont été faites ont néanmoins fait ressortir des traits de caractères partagés par toutes ces personnes : une grande empathie et une forte indépendance de caractère.

Je n’ai pas connu vos parents, Madame Provvedi, mais je ne doute pas qu’ils devaient avoir de telles qualités pour prendre un tel risque et pour tenir bon, durant de longs mois, malgré les multiples passages de la Gestapo et de la milice.


Nous ne mesurons pas pleinement, aujourd’hui, ce qu’il a dû en coûter exactement à Jeanne et Jean Veaux de prendre cette décision et de s’y tenir. 
Nous ne pouvons que deviner la force de caractère nécessaire pour agir ainsi à contre-courant de toute une communauté, quand la grande majorité de la population acceptait que les Juifs soient mis au ban de la Société, persécutés et pourchassés. 


Nous ne pouvons qu’imaginer le courage qu’il faut pour vivre dans la peur permanente d’être découverts, peut-être dénoncés, quand c’est la prison, la déportation, la mort, qui menacent ceux qui aident les Juifs.


Mais nous devons nous souvenir toujours de leur action et leur rendre hommage en perpétuant à notre tour ce devoir d’humanité qu’ils ont si bien su remplir en leur temps.

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