Réautoriser les néonicotinoïdes ne protégera pas les betteraviers

Le mardi 6 octobre, l’Assemblée nationale a adopté, en première lecture, le projet de loi autorisant des dérogations à l’interdiction d’utiliser des insecticides néonicotinoïdes jusqu’en 2023 pour les cultures betteravières.

Ce projet de loi a été transmis à la commission des affaires économiques du Sénat dont je suis membre. Dès demain, je participerai aux auditions de la Confédération générale des planteurs de betteraves et à une table ronde avec des associations environnementales.

Si le gouvernement semble parfaitement assumer ce recul environnemental, il est faux de dire que cette dérogation est mise en place pour protéger les producteurs et productrices de betteraves.

Toutefois, ce sujet nécessite d’être interrogé et repensé dans sa globalité.

Bien avant l’interdiction des néonicotinoïdes en 2016, de nombreuses usines de transformation servant à raffiner le sucre des betteraves ont fermé. Dans un mouvement de concentration des outils de transformation, les raffineries ont abandonné certaines zones de production, comme le Puy-de-Dôme, pour se concentrer dans les régions betteravières.

Les fonds européens ont également favorisé cette concentration qui a conduit à la disparition progressive du concept de polyculture élevage et à une spécialisation culturale en fonction des régions.

La surconcentration de ces cultures a malheureusement favorisé le développement du virus de la jaunisse.

La libéralisation des marchés, illustrée par la fin des quotas betteraviers, et l’encombrement de l’économie du sucre ont également porté un coup sévère sur les prix de vente et sur la production française dans sa totalité. Pour contrer ces phénomènes, aucun plan de relance n’a été pensé par les gouvernements successifs. Facteur aggravant, l’absence de mécanisme de solidarité s’ajoute au retard pris dans des solutions alternatives depuis la fin annoncée de l’usage des néonicotinoïdes par la loi de 2016. Ce manque d’anticipation illustre une forme d’incurie de l’Etat dans le pilotage du Plan Ecophyto depuis de trop nombreuses années.

Aujourd’hui, la question de l’avenir à long terme des productions de sucre en France doit être posée. Seule une réflexion approfondie permettra de concevoir et de mettre en place des solutions concrètes pour sauver la culture de la betterave sucrière en France. Ainsi, mes collègues du groupe socialiste à l’Assemblée nationale proposent un « plan B comme Betterave ».

Pour répondre aux aléas climatiques, sanitaires et économiques, un cadre protecteur est nécessaire pour les agriculteurs. Plutôt qu’une course à la production, la transition écologique se fera par plus de régulation, plus de maîtrise, plus de répartition et des choix forts vers des solutions résilientes.

Défendre la souveraineté alimentaire c’est arrêter de répondre à chaque épisode climatique ou sanitaire par des artifices, tels que les néonicotinoïdes, et accepter enfin de modifier en profondeur notre système alimentaire et agricole.

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