Plan de relance : Une occasion manquée

Le gouvernement présentait, jeudi dernier, un plan de relance de 100 milliards d’euros d’investissements pour l’économie, dénommé « France Relance ». Malgré l’urgence de la crise sanitaire, les annonces et les orientations de ce dispositif ont tardé. Ce plan gouvernemental recouvre des mesures variées, dont 10 % seulement sont des investissements directs, autour de trois principales priorités : la transition écologique, la compétitivité des entreprises et la cohésion sociale et territoriale.

Si nous pouvons nous réjouir de voir certaines de nos propositions reprises, à l’image de la possibilité de coupler formation et chômage partiel, le plan de relance n’apparaît globalement pas à la hauteur de l’urgence de la crise et prépare insuffisamment l’avenir.

En prétextant une hausse du niveau d’épargne pendant le confinement, le plan de relance manque clairement le rendez-vous du pouvoir d’achat. Cet argumentaire est faussé tant la hausse du niveau total de l’épargne n’est portée que par quelques-uns, dont le pouvoir d’achat se porte bien. C’est pourquoi nous demandons d’agir sur le taux de TVA, comme vient de le faire l’Allemagne, et de travailler à une meilleure reconnaissance de l’utilité sociale des métiers.

La relance économique de notre pays ne peut pas ignorer les premières victimes de la crise. Il se doit d’activer des mécanismes de solidarité pour les plus pauvres. Or, l’aide aux plus précaires représente moins de 1 % du plan. C’est pourquoi nous réitérons notre demande d’abroger totalement la réforme de l’assurance-chômage, repoussée au 1er janvier 2021. Nous demandons également la revalorisation des APL en tenant compte des impayés de loyer, la revalorisation du RSA dès 18 ans, ainsi qu’un moratoire sur les frais bancaires pour les plus démunis.

France Relance n’a pas pris la mesure de la crise qui obscurcit l’avenir de notre jeunesse. C’est pourquoi nous proposons une aide individuelle à l’émancipation solidaire (AILES), composée d’un revenu pour tous dès 18 ans (564 €) et d’une allocation de majorité à hauteur de 5 000 €. Ni l’un ni l’autre ne sont des cadeaux, ce sont les obligations d’une nation envers sa jeunesse, celle de lui donner les moyens de ne pas subir mais de construire sa vie.

Ce plan de relance n’est pas non plus à la hauteur de l’enjeu climatique. La baisse des impôts de production n’est aucunement assortie de conditionnalités environnementales. La transition écologique représente à peine un dixième du plan, dont 5 milliards seulement pour la rénovation thermique, loin des besoins estimés à 17 milliards annuels sur 30 ans. L’investissement dans le fret ferroviaire va dans le bon sens, à condition qu’il profite au service public du rail. Pour être mené à bien, il appelle des mesures de réorientation du secteur routier. C’est pourquoi nous proposons, pour investir dans les infrastructures et atteindre 30 % du transport de marchandises d’ici à 2030, de prélever chaque année 1 milliard sur les profits réalisés par les sociétés autoroutières et d’accorder un bonus aux entreprises qui réalisent 50 % de leur transport de marchandise par rail.

Enfin, concernant les collectivités locales, les mesures annoncées doivent être clarifiées. Afin de relancer l’investissement dans nos territoires, il est important de soutenir directement les collectivités territoriales, et en particulier l’échelon local, qui portent 70% de l’investissement public dans notre pays.

En définitive, le plan de relance du gouvernement manque l’occasion de réorienter notre modèle de production et de consommation. Preuve en est, aucune réforme fiscale n’est proposée qui aurait pu servir une véritable réorientation politique.

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