Lutter contre l’illettrisme numérique

Ce mercredi 20 janvier 2019, je suis intervenu en séance publique à l’occasion du débat sur la fracture numérique et les inégalités d’accès aux services publics. Dans mon intervention, j’ai souhaité mettre en avant les difficultés que rencontrent des millions de français dans l’usage d’Internet.

« Quand on parle de fracture numérique, on a tous en tête les difficultés induites par l’inégale couverture du territoire et les zones blanches.

Mais je voulais plutôt revenir sur un autre aspect de cette fracture : les difficultés liées à l’usage, ce que certains dénomment « l’illettrisme numérique » ou « illectronisme ».

Aujourd’hui, 20% de nos concitoyens ne savent pas utiliser Internet, soit 13 millions de personnes dont plus de la moitié ne se connectent jamais.

Le coût de l’équipement est aussi un frein : selon une étude d’Emmaüs, 35% des personnes vivant sous le seuil de pauvreté n’utilisent jamais internet.

Alors que le mot d’ordre est à la dématérialisation des services publics, cela pose une sérieuse question d’accès aux droits dans un nombre croissant de secteurs : sécurité sociale, recherche d’emploi, déclarations PAC pour les agriculteurs, orientation universitaire avec Parcoursup…

Voire un problème d’accès à la démocratie puisque même l’organisation du grand débat se fait essentiellement via Internet !

La réforme de la justice, notamment, est source d’inquiétude de ce point de vue puisqu’elle comporte un large volet consacré à la dématérialisation de l’accès à la justice. En remettant en cause l’accès direct au juge, on fait reposer la garantie du respect des droits fondamentaux des citoyens sur le postulat d’un accès universel à l’outil informatique.

A l’heure où l’Etat tend à s’appuyer de plus en plus sur le numérique pour améliorer l’accès au droit, il doit absolument garantir, dans le même temps, à chaque individu la possibilité d’avoir un accès à internet et la capacité de l’utiliser.

Aujourd’hui, force est de constater que les réponses ne sont pas à la hauteur des besoins.

Ainsi, le plan pluriannuel de lutte contre la pauvreté prévoyait certes des bornes d’accès aux droits, dans des lieux d’accueil de personnes très en difficulté, mais pas l’accompagnement nécessaire pour que l’accès à ces bornes soit effectif.

De même, le gouvernement présentera prochainement une liste d’une dizaine de lieux de médiation numérique pour conseiller et former les populations les plus éloignées d’internet. Une dizaine de lieux, c’est-à-dire même pas un par grande région…

Pour que les progrès techniques soient véritablement synonymes de progrès social, et non source d’une exclusion supplémentaire, le volontarisme des pouvoirs publics doit être le même que celui qui avait été déployé pour combattre l’illettrisme.

Aussi, je souhaitais vous demander, Monsieur le Ministre, quelles sont les intentions du gouvernement pour répondre à ces enjeux. Mettrez-vous en place un véritable plan national d’alphabétisation digitale, comme le demandent les associations de lutte contre l’exclusion depuis plusieurs années ? »

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