Incendie de Lubrizol : quelle gestion des eaux polluées ?

Il y a tout juste 2 mois, un incendie dévastait l’usine Lubrizol à Rouen. Au cours de cet incendie ce sont plus de 9 000 tonnes de produits chimiques qui sont parties en fumée. Le 20 novembre, dans le cadre de la commission d’enquête chargée d’évaluer l’intervention des services de l’État dans la gestion des conséquences environnementales, sanitaires et économiques de l’incendie, j’ai interrogé le ministre de l’Intérieur sur le devenir de l’eau ayant servie à éteindre l’incendie.

Audition après audition, je cherche en effet à comprendre si cette eau, chargée de polluants, a d’abord été déversée dans la Seine, ou bien, si elle a été stockée, dès le début, dans un bassin du port (ou darse) pour y être traitée ultérieurement.

La réponse, aussi honnête soit-elle, est plutôt inquiétante. En effet, Christophe Castaner a confirmé que la pollution de la Seine était certaine et avait été inévitable dans la mesure où l’eau s’était tout d’abord écoulée par les sols. En revanche, un système de sécurité aurait été déployé avant que des « pollutions manifestes » de la Seine n’aient lieu.

A ce jour, la question du traitement des eaux de cette darse reste entière. En effet, les eaux ayant servi à traiter et nettoyer les berges de ce bassin y ont été rejetées et y demeurent.

Le détail de mon intervention :

Merci monsieur le président, monsieur le ministre. Je veux revenir sur une problématique très précise, une question que j’ai quasiment posé à chaque audition, à propos de la gestion de l’eau qui a servi à éteindre l’incendie. Vous nous avez dit dans votre propos d’introduction, lorsqu’on parlait de la rupture d’eau – alors apparemment il n’y a pas eu de rupture d’eau mais j’aimerai qu’on regarde à nouveau les auditions parce qu’il y a quelque chose qui nous échappe – qu’il y avait un bateau pompe à quai, qui a servi à éteindre l’incendie. Ma question est très précise : est-ce que ce bateau pompe était à quai en attente d’un sinistre quelconque ? A ma connaissance et suite aux différentes auditions, y’a deux bateaux pompe qui ont été acheminés depuis le Havre. On nous a dit à plusieurs reprises que les eaux d’incendie ont été dirigées vers une darse. Cette darse a été gérée un peu comme un mini plan Polmar.

Ma deuxième question est aussi très précise et la réponse va être lourde de conséquence pour la suite, pour notre compréhension : est-ce que les éléments pour mettre en place ce mini plan Polmar c’est-à-dire les boudins (moi je ne connais pas, c’est ce qu’on nous a dit), étaient à la disposition des services pour être mis tout de suite en place, ou est-ce que ça a été mis en place au bout d’un certain moment ? Cela voudrait dire que les eaux qui étaient dans cette darse se sont évacuées dans la Seine : des eaux polluées, dans la Seine. A quelle heure, ou à quel moment l’eau a été véritablement stockée dans cette darse ? C’est important parce qu’après on va réfléchir et on a posé la question à différentes reprises sur la gestion de cette eau : comment va-t-elle être traitée, dépolluée ? Les berges de cette darse ont été traitées on l’a vu, à différentes reprises par la presse entre autre, les rochers ont été lavés les uns après les autres, mais l’eau de lavage est tombée à nouveau dans cette darse. Vous comprenez le sens de ma question : c’est une histoire de chronologie

Le détail de la réponse de Christophe Castaner :

Sans certitude sur la première question, mais de ce que j’ai en tête, les deux bateaux ont été acheminés depuis le Havre. Ils n’étaient pas présents, mais sans certitude donc on va vous le vérifier, on apportera cette précision et peut être une contradiction. Déjà je sais qu’il n’y en avait qu’un au moment où je suis arrivé sut place et que j’ai vu arriver le second, qui avait été appelé en renfort en cas de panne du premier, pour être sécurisé. Le second vient du Havre et je crois savoir, je mets les conditionnels, on le vérifiera, que les deux ont été acheminés depuis le Havre.

Deuxième élément sur la darse. Quand je me suis rendu sur place, j’ai demandé à voir le site parce qu’on m’a dit justement que l’eau qui pourrait couler – parce qu’à ce moment-là, en réalité il n’y a pas eu tant d’eau que ça, il y en a eu beaucoup mais – était dans le sol, elle n’était pas encore arrivée dans la darse au moment où j’étais présent sur place. Je ne suis dit pas qu’ensuite il n’y a pas eu des écoulements : de toute façon il y a eu des pollutions, déjà dans le sol et donc évidemment dans la Seine. Je pense que c’est assez mécanique, assez logique hélas. Mais quand je suis arrivé sur place la darse n’était pas polluée mais le matériel du plan Polmar n’était pas encore en place. Donc j’ai vérifié que le plan Polmar soit bien actionné. Le matériel est arrivé dans les temps qui ont suivis assez peu de temps après. Il était installé de sorte que si la darse avait été polluée, nous protégions le lien entre la darse et la Seine. Est-ce que elle aurait été protégée à cent pour cent je ne suis pas sûr, là aussi je préfère être honnête. Mais le plan Polmar est quand même d’un assez bon niveau d’efficacité. Il a été déployé avant qu’on ait des pollutions manifestes sur la Seine. Je les qualifie de manifestes parce que, notamment par l’imprégnation des sols on peut avoir des pollutions sur la Seine mais elles n’ont pas été relevées selon les informations que j’ai en ma possession.

Très concrètement, on vérifie sur le premier, je crois me rappeler pour un c’est sûr, je crois que les deux sont venus au Havre et qu’ils n’étaient pas là. Par contre ce que je sais c’est qu’à 5 heures du matin, c’est ce qui a permis justement de retrouver le meilleur niveau de débit pour l’alimentation en eau sur l’intervention sur le site ; après un affaiblissement du débit, que j’évoquais tout à l’heure entre 4 heures 15 et 5 heures du matin. Certains médias évoquaient, je cite « une rupture d’alimentation en eau lors de l’intervention des pompiers », j’ai bien précisé que ce n’était pas le cas. Voilà les informations qui sont en ma possession, qui sont plutôt rassurantes sur la question de la pollution de la darse mais à 11 heures 30, le plan Polmar n’était pas encore développé sur la darse, il l’a été dans la foulée.

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