Filière sidérurgique en France : relever le défi de la transition énergétique

Ce mercredi 30 octobre avait lieu la présentation du rapport de la mission d’information sur l’avenir de la sidérurgie, en séance publique au Sénat. A cette occasion, j’ai interpellé le gouvernement sur les propositions que nous avons formulées afin d’inscrire la filière sidérurgique française dans la transition énergétique.

L’acier est essentiel à des pans entiers de notre économie : bâtiment, transports, énergies renouvables… Mais il manque aujourd’hui à notre pays une politique industrielle digne de ce nom. Aussi, j’ai plaidé pour un engagement fort de l’Etat afin de soutenir le secteur, pallier les défaillances du marché et répondre aux impératifs de la transition énergétique.

  • La décarbonation de la filière est indispensable quand on sait que celle-ci est responsable de 4% des émissions carbones nationales ;
  • Le recyclage et l’éco-conception sont à favoriser, notamment pour que nous soyons moins dépendants de matières premières, exploitées loin du territoire national, parfois dans des conditions environnementales ou éthiques insupportables (comme le cobalt) ;
  • Les besoins croissants du secteur des énergies renouvelables sont à anticiper, pour ne pas que les éoliennes que nous installons ici soient fabriquées avec de l’acier qui vient du bout du monde.

La Secrétaire d’Etat Agnès Pannier Runacher m’a répondu que le Gouvernement était tout à fait convaincu des propositions que nous avons avancées, notamment en matière de soutien à la recherche… Je suivrai donc avec intérêt les suites concrètes qui y seront données.

Retrouvez ci-dessous le détail de mon intervention :

Monsieur le Ministre,

Ces dernières années, la filière sidérurgique française est devenue le symbole du déclin de l’industrie dans notre pays. L’enchaînement des fermetures de site et les destructions massives d’emploi sont presque devenus des fatalités.

De ce point de vue, les travaux de notre mission d’information ont permis d’apporter un autre éclairage.

D’abord, en rappelant que l’acier est essentiel à notre économie, en particulier à des filières comme le bâtiment, les transports ou même les énergies renouvelables.

Ensuite, en cherchant à analyser les grandes mutations en cours pour mieux préparer l’avenir, plutôt que de revenir sur les erreurs du passé.

Pour construire un avenir durable au secteur sidérurgique, je retiendrai qu’il y aura besoin d’un engagement fort de l’Etat, pour soutenir le secteur et pallier les défaillances du marché, à travers une politique industrielle à la hauteur des enjeux.

Cet engagement de l’Etat doit avant tout permettre à notre filière sidérurgique de s’inscrire résolument dans la transition énergétique.

Avec 19 millions de tonnes de carbone produites chaque année, la sidérurgie représente 4% des émissions carbones nationales. Aussi, l’un des grands défis qu’il faudra relever est celui de la décarbonation.

Pour cela, il faudra « mettre le paquet » sur la recherche, mais aussi être vigilant aux fuites de technologie. Ainsi, nous proposons qu’une recherche financée sur fonds publics soit exploitée sur le territoire européen, pendant au moins 5 ans.

Nous formulons également plusieurs propositions afin de développer le recyclage et l’écoconception.

Outre la contribution au nécessaire développement de l’économie circulaire, le recyclage de l’acier répond à plusieurs impératifs.

En l’absence d’une vraie stratégie d’approvisionnement durable et responsable, notre production d’acier reste dépendante de matières premières non disponibles sur notre territoire national. L’exploitation de certaines d’entre elles pose de lourds problèmes environnementaux, voire éthiques : je pense notamment au cobalt.

Enfin, nous nous devons d’anticiper la croissance des besoins dans le secteur des énergies renouvelables.

Lorsque nous avons auditionné le directeur de SIEMENS GAMESA, je lui avais demandé s’il achète en France l’acier utilisé pour la fabrication d’éoliennes. Il m’avait répondu qu’il faudrait pour cela qu’il y ait sur notre territoire, je cite : « un fournisseur qui dispose des capacités industrielles pour continuer à accompagner la croissance du marché ».

Aussi, je voulais vous demander, Monsieur le Ministre, dans quelle mesure vous entendez suivre les préconisations de notre mission d’information pour relever ces grands défis ?

Voici la réponse de Mme Agnès Pannier-Runacher, secrétaire d’État auprès du ministre de l’économie et des finances :

Monsieur Tissot, je vous rejoins sur l’importance de la recherche sur fonds publics, mais aussi de celle sur fonds privés. Le recyclage est important également, car il fournit le matériel de base pour les aciéries électriques. Nous avons besoin d’organiser une vraie filière, avec une matière première recyclée à un coût compétitif – la vérité commande de dire que cet objectif n’est pas évident à atteindre. S’agissant des approvisionnements stratégiques pour les filières exposées, nous sommes en train de déployer des plans spécifiques, notamment pour le titane, en nous appuyant en particulier sur le groupe Eramet, acteur formidable, dans lequel l’État est actionnaire, et qui travaille actuellement à un élargissement de sa capacité d’approvisionnement pour l’ensemble du pays. Nos plans d’action devront sans doute aller plus loin, sachant que, pour ce qui concerne les mines, nous avons une approche plus éthique que d’autres pays. S’agissant des énergies renouvelables, dans le cadre du Pacte productif, nous travaillons à privilégier des fournitures européennes et françaises. L’un des enjeux est de développer des filières bonnes à la fois pour le changement climatique et pour notre empreinte économique, en prévoyant des labels permettant de faciliter l’approvisionnement à partir de zones respectant nos modèles sociaux et environnementaux.

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